Au sein de l’Avenir Club Avignonnais, plus de 400 jeunes foulent le synthétique le plus convoité du Vaucluse. Niché entre des tours datant des années cinquante et un ancien quartier pavillonnaire de cheminots, le stade Léon Dulcy abrite un club aux allures de centre de pré-formation. Un club qui se verra remettre, vendredi 9 octobre à 17h au Parc des Sports d’Avignon, le label « école de football ». 

Ce matin de novembre, des espoirs du football défilent les uns après les autres. Agés entre 11 et 13 ans, ils viennent de Lyon, Marseille ou encore Evian pour disputer le Younès Belhanda Challenge U13. Dans les tribunes, on y croise Henri Stambouli, directeur du centre de formation du Montpellier HSC, Denis Mariette et Rafik Allaf, respectivement recruteurs à l’AS Monaco et l’AS Saint-Etienne, ou encore Laurent Paganelli, enfant du pays et nouveau dirigeant au club. A l’aise techniquement et prompt devant le but, c’est le numéro 7 de l’Olympique Lyonnais, Soumi Madoyan, qui repart avec le trophée du meilleur joueur. Et des rêves plein la tête pour ce gamin dont le toucher de balle et l’attitude font penser à un certain Antoine Griezmann. « Ici, nous avons deux grands pôles. Le foot éducatif regroupe les débutants, poussins et benjamins. On est dans l’initiation au jeu, la politesse, le respect des éducateurs, des heures et des consignes. On fait beaucoup de motricité et de coordination avec le ballon sous forme d’ateliers. Ce sont les prémices. Après nous avons le foot de compétition avec des équipes en régionale et en ligue. Nous travaillons la technique, des phases athlétiques, des cycles de vitesse et d’endurance. Puis nous ébauchons sur la résistance et le physique », explique Didier Sodavalle, le directeur technique qui coordonne 26 éducateurs pour 403 licenciés.

« Nos pépites sont de passage. »  
Chaque année, cinq à six joueurs signent un contrat avec un centre de formation. Le club travaille en étroite collaboration avec l’AS Monaco, le Montpellier HC, l’Olympique de Marseille et le FC Sochaux. « On donne beaucoup aux clubs pros, concède Didier Sodavalle. Chaque année on est obligé de recruter au niveau du département. Nous sommes un club tremplin pour ces jeunes. Nos pépites sont de passage ». Porte d’une vallée close, Avignon détient dans son palais un vivier footballistique aussi bon qu’un vieux Gigondas. La cité des Papes n’a pourtant connu l’élite qu’une saison (1975-1976), du temps de l’Olympique Avignonnais qui reçut l’AS Saint-Etienne de Rocheteau au Parc des Sports. Ancien de l’OA, Jean-Paul Soussi, 73 ans, est aujourd’hui formateur des U9. « Mon football, c’est que tout le monde participe. Que chacun touche le ballon. Moi je dis toujours au petit, quand on marque, c’est celui qui a fait la passe qui a très bien joué. Ils ont 8 ans. Ils sont dans une période où ils se cherchent un petit peu. Dès qu’on commence à perdre, ils se mettent à pleurer. Le football est pourtant un jeu très simple : contrôle, lever la tête, passe, démarquage. C’est tout. J’ai joué à l’OA dans les années 60. On jouait sur ce stade devant 5000 personnes, personne ne veut le croire. Avant, le dimanche, les gens allaient au stade, c’était la sortie ».

Solidarité et maîtrise du jeu 
Mais savoir jouer ensemble ne dépend pas que du simple aspect sportif. Niche de masse et donc populaire, le football est aussi une pratique sociale qui fédère les individus. Capable d’aider l’enfant ou l’adolescent à s’épanouir physiquement, psychologiquement et socialement. « Les éducateurs sont invités à réfléchir sur leur rôle et leur posture. Qu’est-ce que l’on dit ? Qu’est-ce que l’on promeut ? Quelle relation établit-on avec les parents ? On souhaite que ce soit un peu un apprentissage de la démocratie. Ecouter les enfants, écouter ce qu’ils ont à dire. Apprendre à s’écouter, c’est énorme. C’est un travail pour lequel il faut se montrer patient », explique Jean-Christophe Magnaud, le président. Depuis son arrivée il y a quatre ans, ce dernier tente de faire émerger « une école de la vie ». Il poursuit : « Ce que l’on cherche, c’est promouvoir à travers le sport une certaine vision de l’éducation. Le sport doit permettre aux enfants de vivre des situations qu’ils réutiliseront plus tard. La particularité du football, c’est qu’il touche les couches les plus populaires de la société. C’est important qu’ils aient accès à une qualité éducative via le foot ». Une ligne de conduite qui ne pourrait perdurer sans l’aide des dirigeants bénévoles. « C’est la plaie de notre sport. Il y a de moins en moins de bénévoles. Nous avons beaucoup de parents qui suivent leurs enfants, mais peu de dirigeants. Avant, il y avait plus de fidélités aux couleurs », confie Francis Noel, l’aîné des volontaires depuis 45 ans, accompagné de son complice le trésorier Michel Valla. A l’inverse, lorsqu’ils confondent apprentissage d’un sport avec appât du gain, certains parents se prennent pour des coachs. Un phénomène de plus en plus courant qui agace fortement les éducateurs et entraîneurs diplômés. « On a du mal à les contenir, certains contredisent le choix des entraîneurs. Ils pensent à eux et non à l’enfant », explique Didier Sodavalle. Conscient de ces complexités, Lotfy Gouara, 21 ans seulement, a été nommé responsable de la catégorie U15. Cet enfant de la maison mise sur la cohésion : « J’ai réussi à créer un groupe soudé, c’est rare chez les jeunes aujourd’hui. Toute ma préparation a été basée sur des activités extra football comme l’accro-branche, le canoé, la course d’orientation. Il a fallu construire tout au long de la saison. Si on veut avoir des résultats, c’est ensemble. Ils l’ont compris. L’aspect collectif et la solidarité rejoignent la maîtrise du jeu. Tout ce qui est opposé à l’individualisme. Après je n’interdis pas les prises de risque. Si le jeu le demande, il faut savoir dépasser sa fonction, et pour cela nous avons de bons dribbleurs ». L’audace d’un club qui s’exprime par le jeu. L’audace d’un club où le plus beau but est une passe d’amitié.

Florian Dacheux