Disons-le tout net, beaucoup ne retiendront de ce nouvel opus du poète que le retour de Renaud. Peut-être. Et pourtant. Si on remarque ou regrette la voix perdue du rebelle au foulard, on l’oublie vite pour le texte. Pour les textes. Le sien qui déclame son amour, ses craintes et ses méfiances à son fils. Tout père s’y retrouve un peu, beaucoup, ou à la folie, c’est selon… Celui d’Aznavour sur les souffrances de l’écriture, déclamant les mots qui la composent : rêver, chercher, apprendre, choisir, saisir, comprendre, surprendre, déguiser, changer, créer, détruire, parler, crier. Celui d’Erik Orsenna sur la nature que nous détruisons à petit feu, et qui condamne l’ours blanc. Celui de Richard Borhinger, et sa belle déclaration d’amour toute en douceur.

Avec ou sans musique, avec un piano ou sur un son électro, susurrés ou criés, entourant les cinq inédits de Grand Corps Malade, tous les textes sont des morceaux de vie, d’optimismes ou de doutes. On se retrouve en eux. Parfois d’un fragment, parfois complètement. Parce que ces hommes et femmes ont des choses à dire, à nous dire, à nous faire partager.

Tous des textes que Fabien a réussi à faire écrire à ces auteurs si différents. Parce que finalement, qu’ont en commun Aznavour, Lino, Jeanne Cherhal, Thiéfaine, Richard Borhinger ou Erik Orsenna ? Musicalement rien, profondément, intérieurement, poétiquement tout. Et c’est là le plus fort de cet album, réunir des poètes parfois méconnus du genre, avec un seul challenge : liberté totale à l’exception d’une phrase obligatoire. Non, je ne vous la dévoile pas, jouez le jeu, plongez-vous dans le cœur, dans les cœurs de ces poètes. Parce que, vous l’aurez compris, seule une grande dame couve ce projet : la poésie.

« Il nous restera ça », album de poètes, initié et choyé par Grand Corps Malade