Inconnu du grand public, Ludovic Blas, 18 ans, franchit sereinement les étapes du côté des Côtes d’Armor. Originaire de région parisienne, ce talentueux gaucher, qui a signé son premier contrat professionnel en octobre dernier, est désormais appelé chaque week-end par Jocelyn Gourvennec ainsi qu’en équipe de France U19. Portrait d’un jeune joueur prometteur de notre Ligue 1. 
 
C’est sur le synthétique du Stade du Vieux-Moulin à Rambouillet dans les Yvelines que tout a commencé. Une école de football de district réputée pour son côté famille, sa nature et son beau jeu. Une enfance tranquille et saine, à une dizaine de kilomètres du célèbre centre technique national de Clairefontaine. Dès ses premiers pas en poussins, Ludovic sort du lot à chaque entraînement. A chaque match. « Au FC Rambouillet, j’ai appris à jongler, à faire tout et n’importe quoi du pied gauche et du pied droit. J’ai toujours été surclassé. Je marquais beaucoup de buts. On gagnait souvent par des 10 ou 11-0 », confie le néo-pro. Représentant des éducateurs dans les Yvelines et formateur, Gérard Dacheux se souvient : « C’était un petit bonhomme, un centre de gravité bas, un caractère bien trempé. Il aimait le contact du ballon. Son point fort était le dribble dans les petits espaces dans le couloir gauche en benjamins, ainsi que sa vision du jeu. Il savait où se trouvait le but et surtout voyait vite le positionnement du gardien de but. On lui a fait prendre conscience qu’il fallait accélérer après son dribble. Qu’après son dribble, il y avait soit une passe, un centre ou un tir ». C’est la mutation professionnelle de son papa dans les Hauts de Seine qui envoie finalement Ludovic dans le club de Montrouge. Là-bas, il découvre un niveau supérieur et parcourt l’Ile de France. « J’y ai gagné mes premiers titres, puis j’ai intégré l’équipe des Hauts de Seine. J’ai participé aux Inter-District. Puis un jour les recruteurs de Guingamp se sont manifestés les premiers ».
 
« Guingamp ? Je ne savais pas où c’était »
 
Malgré l’intérêt d’autres clubs dont Monaco, c’est finalement la petite ville d’irréductibles Gaulois qui accueille la pépite. « Moi je ne connaissais pas Guingamp. Je ne savais pas où c’était. Quand je suis arrivé là-bas pour la première fois, j’avoue que j’ai eu un peu peur. Même Châtillon, ma ville, c’est plus grand qu’ici mais on s’y fait. Le plus dur, c’était la première année. Après, on s’habitue. Finalement, je n’aurais pas pu tomber mieux. Il y avait plein de gars de la région parisienne, je connaissais la moitié de l’équipe. Je me suis vite intégré. Plus tu restes longtemps, plus tu progresses et plus tu joues au plus haut niveau. J’ai fait DH, puis U17 et U19 Nationaux ». C’est ensuite en CFA 2, lors de sa quatrième année, que ce milieu relayeur explose aux yeux des dirigeants du club. Son potentiel met tout le monde d’accord. « Je l’ai eu une saison avant son intégration chez les pros, confie Coco Michel, le responsable du groupe CFA qui a réalisé toute sa carrière à l’En Avant. Il a eu une progression linéaire. Ce qui nous a séduits, c’est sa qualité technique. C’est un joueur élégant sur le terrain. Avec nous, il a passé un gros cap avec une saison pleine. Devant, il peut évoluer à tous les postes dans n’importe quelle organisation. Il est capable de marquer et de délivrer des passes décisives. Son gros défaut, c’était le repliement défensif. Le fait de le repositionner sur un côté lui a permis de compléter son panel tactique. Il voit vite le jeu. Avant de recevoir le ballon, il a toutes les balles possibles dans ses pieds. Il est capable d’enchaîner vite son contrôle avec la passe qu’il veut faire. Et ça, c’est une qualité première chez les pros ». Comme le prouve son récent match le 17 avril face à Rennes (victoire 3-0). Titulaire, c’est lui qui est à l’origine du corner qui permet à son équipe d’ouvrir le score, après une frappe limpide du pied gauche. Sans la main ferme de Benoît Costil, le ballon aurait conclu sa course en pleine lucarne.
 
Vista et haricots rouges
 
C’est en octobre dernier que Ludovic Blas signe un premier contrat professionnel de trois ans. Cinq mois plus tard, le 3 février, il devient le plus jeune buteur de l’histoire du club en inscrivant le quatrième but de la victoire face à Troyes, le soir même de son baptême du feu au Roudourou. « Je ne pouvais pas rêver mieux pour ma première à domicile. J’avais tellement attendu ce moment, moi qui avant regardait les matchs dans la tribune ». Premier but et premier clapping avec les supporters qui scandent son nom. « Les supporters m’aiment bien. Avec Marcus Coco, nous sommes un peu les chouchous. Nous avons fait la formation ensemble. Dans le vestiaire, au milieu des anciens, il y a toujours un peu de pression, alors ça aide d’être ensemble. On est vraiment inséparables », confie celui qui apprend également beaucoup de son aîné, Younousse Sankharé. Bref, une adaptation réussie. Ludovic enchaîne les bonnes prestations et grappille du temps de jeu, à  l’instar de ses trente minutes face au PSG le 9 avril (défaite 2-0). « Ils n’étaient pas venus avec l’équipe type mais nous avons souffert. Cela va beaucoup plus vite, mais c’est comme ça qu’on apprend ». Lucide, il reste conscient que rien n’est acquis. Sa priorité : se renforcer musculairement. « Il faut que je prenne du volume, un peu plus de gabarit, car je suis assez maigre encore. Il faut que je travaille ça après chaque entraînement ». Le coach Jocelyn Gourvennec suit son évolution de près : « C’est un garçon qui est capable de courir beaucoup. Il apporte de la vista et une touche technique. Mais c’est quelqu’un qui a besoin de rester concentré sur son sujet pour continuer à progresser comme il le fait actuellement ». Des mots justes auxquels rebondit Coco Michel. L’ex-capitaine emblématique de l’EAG est convaincu que le minot va enchanter le Roudourou dans les prochains mois. « Sa grande qualité technique et son positionnement dans l’espace face aux adversaires sont sa force. Bien sûr, il lui faut encore un temps d’adaptation. Chez les pros, les impacts sont plus forts, tout va plus vite. Mais c’est un joueur qui réfléchit. Dans les efforts, cela fait toute la différence. Il a des paliers à passer. Le prochain est de gagner sa place. On souhaite le garder le plus longtemps possible. Mais il ne restera pas à Guingamp, ça c’est sûr ». Le jeune homme ne semble pas pressé. En juin prochain, il passera son Baccalauréat STMG. Puis en juillet, si tout va bien, il sera du voyage avec l’équipe de France U19 pour disputer l’Euro en Allemagne. Lors des qualifications, il s’est d’ailleurs offert le luxe d’inscrire le seul but de la rencontre face à la Serbie. « Quand je suis appelé, je ne me plains pas. Beaucoup aimerait être à ma place. Je donne tout à chaque fois. L’équipe de France, c’est encore autre chose. Le niveau est beaucoup plus élevé. Tu représentes ton pays. Mais je ne me mets pas de pression car je connais tous les joueurs ». Cette tranquillité, il l’a doit peut-être à ses parents, et notamment sa mère Patricia qui lui prépare encore aujourd’hui son péché mignon martiniquais : du riz et des haricots rouges. Du rouge, il veut surtout en porter chaque week-end avec ses coéquipiers, en avant pour maintenir Guingamp parmi l’élite.