Il aurait pu être un bon, très bon basketteur.

Et puis la vie, le destin… Un jour, midi 20, un plongeon dans une piscine en a décidé autrement. Le voilà tétraplégique incomplet. On l’a découvert quelques années plus tard slammant sur son premier album. Et puis sur un autre, jusqu’à entraîner de grands noms sur son dernier opus musical « Il nous restera ça ». Entre temps, il avait choisi de raconter son histoire dans un livre. Livre qui sert aujourd’hui de base à son premier film.

Fabien Marsaud, que l’on connaît mieux sous le nom de Grand Corps Malade, a embarqué le compère de ses clips, Mehdi Idir, pour réaliser un petit chef d’œuvre. Parce que raconter tout en sourires, sans sentimentalisme ni apitoiement, une année de galères dans un centre de rééducation, année faite de progressions physiques mais aussi de rêves déçus, c’est une vraie sacrée performance. La réalisation est sobre et épurée. Les plans du début déroutent notre perception : on n’a pas l’habitude de voir les choses de la vie avec les yeux de quelqu’un cloué sur son lit d’hôpital. Les nombreux plans serrés ne font qu’ajouter à cette atmosphère de huis-clos. Huis-clos de l’espace mais aussi huis-clos de l’esprit. Cette plongée dans un monde rarement abordé par la fiction nous entraîne au cœur d’une bande de jeunes finalement comme les autres. Avec les codes, le langage, les musiques et les envies de tous les jeunes de leur âge, mais aussi avec une lucidité désarmante sur leur avenir.

Les jeunes acteurs de ce film sont remarquables, de justesse et de fraicheur. Ce vrai Club des Cinq tient ce film à bout de bras avec brio. Justes, touchants, drôles, cruels, ils sont épatants, à commencer par Pablo Pauly qui joue le rôle de Ben/Fabien. Les seconds rôles tiennent aussi une place essentielle avec une mention spéciale pour Jean Marie cet infirmier incapable de parler autrement qu’à la troisième personne à ses patients. Il a bel et bien existé dans la vie réelle de Fabien. Toute ressemblance avec des personnages existants n’est absolument pas fortuite.

Et si vous aviez l’étrange envie de vous lever dès le début du générique, restez donc au fond de votre fauteuil pour écouter jusqu’au bout les paroles de Grand Corps Malade. Les ambitions sont en berne, l’avenir en garde à vue, il faut trouver des espoirs adaptés.

Des mots qui relient totalement ce film à la réalité. Il y a quelques jours la météo de France Télévisions était coprésentée par Mélanie, trisomique. Espérons pour tous ceux qui doivent se fixer des objectifs à mobilité réduite, que cela ne restera pas un effet créé pour se donner un flash de bonne conscience. Parce que c’est à notre société de fournir de vrais espoirs adaptés.

A voir au Cinéma Rivoli de Carpentras et dans tous les bons cinémas de France

Un article CNEWS.PRESS