Quand on parle de réparer, on s’imagine plus face à un moteur en panne, devant une porcelaine ou une chaise brisée. Mais qu’est-ce donc réparer les vivants ? C’est un roman de Maylis de Kerangal, adapté pour le grand écran par Katell Quillévéré. Au-delà de l’expression, du titre, ce sont surtout des parcours, celui d’un organe, celui d’émotions et d’amours qui se téléscopent dans le chaos et la violence d’un accident.

Ce film est indispensable, et lent. D’une lenteur indispensable à la réflexion.

Comme la réflexion de parents éperdus de douleurs par la perte de leur enfant mais confrontés, grâce à l’approche douce et délicate mais sans faux-semblants d’un coordinateur, à l’idée de prolonger la vie au-delà de la mort cérébrale. Comme la lenteur des sentiments d’amours qui naissent et renaissent en devenant ou redevenant l’essentiel de ce que devrait être la vie.

Par petites touches, « Réparer les vivants » nous fait entrer dans le réel. Film réaliste sans être documentaire, les portraits en gros plan, recherchant sans cesse les expressions et les sentiments font écho aux sons et aux respirations omniprésents. Ces respirations trahissant toutes les émotions et efforts que nous connaissons nous aussi.

« Réparer les vivants » est l’histoire de la construction d’une chaîne. Maillons par maillons. De la mort vers la vie. D’un cœur malgré tout vivant dans un corps mort vers un corps vivant dont le cœur s’éteint. Des deux côtés de la chaîne les doutes doivent être vaincus. Car rien n’est facile. Ni pour les parents ou proches d’un donneur, surtout si celui-ci n’a jamais évoqué cette éventualité. Ni pour le receveur qui ne sait pas si ses yeux se rouvriront pour revoir ses enfants.
Toute la délicatesse de ce film est de montrer des acteurs qui ont tous leurs places essentielles au récit. Rien n’est surfait. Rien n’est surjoué. Connus, moins connus ou inconnus, les acteurs deviennent des gens que l’on pourrait croiser, anonymes, à la sortie du cinéma. Peut-être d’ailleurs croisons parfois quelqu’un qui sera, avec nous, un des maillons d’une nouvelle chaine de vie.

Mais il y a un immense paradoxe à la lenteur de ce film. L’urgence nécessaire du choix. Alors plutôt que d’être confrontés de façon totalement brutale à l’éventualité abordée dans le film, entamons un bout du chemin dès aujourd’hui. Si nous le souhaitons, nous pouvons déjà préparer notre maillon de la chaîne. La décision appartient à chacun de nous. Pensons-y dès maintenant. Sommes-nous prêts si cela devait se produire à vite, très vite, réparer les vivants ?

« Réparer les vivants », surveillez vos cinémas pour trouver les horaires

Et si vous habitez dans les environs du Vaucluse, prenez contact avec « Le Don de Soi », belle association qui peut vous accompagner dans la construction de votre propre maillon.