Quand en 2008, John Maloof, passionné de l’histoire de son quartier de Chicago, achète aux enchères 30.000 négatifs et photographies, la plupart en noir et blanc, il n’imagine pas qu’il va découvrir une oeuvre inestimable. Des enfants des rues, des couples dans un autobus, des grands, des gros, des blancs, des noirs, des moments tendres souvent. De la vraie street photography. Digne des plus grands maîtres que sont Doisneau, Boubat, Arbus ou Erwitt pour ne citer que ces quatre monstres.

L’auteur de ces photos ? Une inconnue, une vieille dame malade, Vivian Maier, qui a dû abandonner ses caisses dans un garde-meuble qu’elle ne peut plus payer. Pourtant novice en matière de photographie, John Maloof comprend la magie de ce qu’il a découvert. Il propose au MoMA de New York et à la Tate Modern de Londres d’exposer des tirages. Ils refusent. C’est lui-même via un blog, et au travers de ces deniers personnels pour financer une première exposition, qui va faire découvrir la nounou photographe. Car Vivian Maier a gardé des enfants toute sa vie. Toujours accompagnée de son Rolleiflex ou de son Leica que l’on voit de temps en temps sur des autoportraits pris dans des vitrines ou des miroirs.

Malheureusement, il ne retrouvera la trace de Vivian que quelques jours après sa mort, à 83 ans. Elle n’aura jamais connu sa célébrité. De mère française, elle a passé une partie de son enfance dans les Hautes-Alpes, dans un petit village près de Gap. Plutôt secrète, de familles en familles, elle va faire grossir son héritage, des caisses et des caisses de négatifs. Elle a tout de même effectué beaucoup de tirages de ses prises de vue, mais de nombreux rouleaux de négatifs n’avaient pas été développés : elle n’a même pas vu tout ce qu’elle a photographié.

Vous aurez deviné que depuis quelques années, les plus grands musées se sont finalement intéressés à cette Dame, maintenant que ses tirages prennent de la valeur… Les milliers de clichés de Vivian Maier, souvent beaux et drôles, parfois plein d’émotions, font partie désormais de l’histoire de la photographie. Au bout du compte, pas à cause de leur valeur monétaire, mais bien parce qu’ils parlent à nos yeux et à nos coeurs.