Pionnière d’une viticulture de qualité en lien avec des pratiques durables et responsables depuis plus de 40 ans, la famille Chaudière exprime le terroir unique du Ventoux. En pleine croissance, son Château Pesquié et ses cépages expressifs annoncent un millésime 2019 certifié pour la première fois en biodynamie. Rencontre.

L’histoire merveilleuse du domaine de Château Pesquié, qui appartenait autrefois à un descendant du célèbre écrivain provençal Alphonse Daudet, continue de s’écrire du côté du Ventoux. Installé depuis trois générations à Mormoiron, au pied du célèbre mont vauclusien, la famille Chaudière a bâti sa réputation sur un vin d’exception depuis le début des années 1970 et le lancement dans le grand bain de l’AOC Côtes du Ventoux. Depuis 2003, Alexandre et Frédéric Chaudière ont repris, quelques temps après leurs études, l’exploitation familiale tenue alors par leurs parents René et Odette. Et jusqu’ici, c’est un parcours sans faute. « Nous avons une très forte complémentarité, affirme Frédéric. Lui a toujours eu la vocation viticole et s’occupe de la production à la fois dans les vignes et à la cave, et moi je suis plutôt sur la gestion et la vente ».

« C’est le terroir qu’on essaie de magnifier tous les jours avec mon frère »

Dix-sept ans après, le Château Pesquié est aujourd’hui l’un des domaines phares de l’appellation et du sud de la vallée du Rhône. Pour Frédéric, le terroir du Ventoux est loin d’être étranger à ce succès. « Nous avons approfondi la compréhension de notre territoire. On a mis en place une gamme qu’on appelle la trilogie parcellaire avec Silica, Ascensio et Artemia. Il s’agit de trois cuvées qui sont l’expression précise de différents types de sols. La grande caractéristique qui donne son identité à notre appellation c’est directement la montagne ». Avant d’être une épreuve cycliste mythique, le Ventoux est en effet le lieu d’une incroyable biodiversité. Enfant du pays, Frédéric le sait mieux que quiconque : « La montagne crée des jeux d’amplitude thermique et un micro-climat particulier. Le Ventoux, en termes de géologie et de territoire, a une grande diversité. C’est le terroir qu’on essaie de magnifier tous les jours avec mon frère ».

Suivi par Ecocert, spécialiste français de la certification des produits issus de l’agriculture biologique, le domaine a opéré sa conversion par le biais d’une première parcelle certifiée bio dès 2007. Cette année marquera le passage officiel en biodynamie. « Nous avons fait quelques pas en avant, se réjouit Frédéric. Nous sommes passés de l’agriculture raisonnée au bio. Le millésime 2019 sera certifiée biodynamie pour la première fois. Cela fait quatre ans qu’on la pratique, c’est donc l’aboutissement d’un beau travail ». Entre-temps, le vignoble s’est élargi et la cave, construite dans le prolongement d’un coteau, a été modernisée et comporte toujours un magnifique chai de vieillissement de plus de 300 barriques.

De Mormoiron à Bogota

A l’international, Château Pesquié joue également sa carte à fond. Le domaine est aujourd’hui représenté dans une quarantaine de pays à travers le monde. Outre l’Europe et l’Amérique du Nord, ses vins s’exportent désormais au Japon et en Chine, mais aussi en Afrique du Sud, en Israël et au Brésil. Une première commande à destination d’un client au Pérou est prévue pour le mois d’août, fruit du travail de Fabien Molaro, importateur installé à Bogota en Colombie depuis quatre ans. Séduit par les vins de Château Pesquié depuis son passage en Vaucluse en tant que juriste en droit viticole, il développe sans cesse de nouveaux réseaux pour faire rayonner la marque à l’autre bout du monde. « Quand j’explique à mes clients que ça vient de Provence, du sud de la France, d’Avignon, certains connaissent, ça leur parle, confie-t-il. Ces vins plaisent car ils sont bons et frais. J’ai la chance de travailler avec un domaine dynamique qui n’arrête pas d’évoluer. Ici, on peut en trouver à Bogota dans des restaurants, des boutiques et chez des particuliers. Et bientôt sur la côte Caraïbes ».

A l’aube des vendanges, le domaine, qui a développé son offre oenotouristique, entend également profiter de l’été pour organiser quelques événements. Après avoir reçu 600 personnes le 12 juillet dernier, un marché provençal, des dégustations à l’ombre des platanes tricentenaires et des balades dans les sentiers vignerons auront lieu le 1er août. Sans oublier la soirée gastronomique du 6 septembre dans les jardins du château. « Notre appellation est en train d’émerger, affirme Frédéric. On peut faire de grands vins dans le Ventoux et la diffusion de cette idée est relativement naissante. Nous sommes le territoire le plus tardif issu de la Vallée du Rhône. Nous n’avions pas toujours l’ensoleillement suffisant pour atteindre les maturités recherchées. Aujourd’hui, avec le changement climatique, nous n’avons plus ce problème de maturité et en même temps nous conservons une fraîcheur dans les vins, un équilibre, une acidité naturelle qu’on nous envie de plus en plus ». Tout est dit.

crédit photos : Chateau Pesquié