Ce mercredi, Facebook, Instagram et WhatsApp ont connu des problèmes. Une panne géante et mondiale comme Google Agenda il y a quelques jours. Celle-ci n’était pas générale, elle touchait l’affichage des photos et vidéos. Si les photos n’étaient pas disponibles sur ces applications, ce bug a mis en lumière des éléments inattendus : les descriptions d’images générées automatiquement par le réseau social.

On s’aperçoit que finalement le géant Facebook, qui soit dit en passant possède les deux autres applications, est prudent : chaque description commence par « l’image contient peut-être  : ». S’en suit une suite de mots décrivant la photo. De « personne » à « gros plan », en passant par « nature » ou « plante », tout y est.

Dans les faits, lorsque nous téléchargeons une photo sur Facebook, Instagram ou WhatsApp, les algorithmes du réseau social analysent les détails de notre image. Les applications génèrent alors une description et gardent ces informations dans ce qu’on appelle en jargon de développeur web la « balise Alt ».  Cette « balise Alt » permet de renforcer le référencement et le classement des éléments d’une page web.

Si ce mécanisme est utilisé sur la plupart des sites web, ce qui surprend dans les applications de Facebook, c’est la pertinence des caractéristiques des photos, voire la reconnaissance automatique des personnes sur ces photos ! Des personnes sont reconnues et « intégrées » dans les fameuses balises Alt alors même qu’elles n’ont pas été identifiées formellement par un internaute.

Questions de droits

Il peut être bon de rappeler aussi que lorsque nous publions du contenu, texte comme photo ou vidéo, sur Facebook ou Instagram, ces derniers en deviennent automatiquement copropriétaires. Cela signifie que nous accordons automatiquement à ces réseaux sociaux et à leurs partenaires le droit de modifier et d’utiliser gratuitement et dans le monde entier nos contenus.

Et pour finir, nous consentons également à ce que ces réseaux et leurs partenaires puissent accorder des sous-licences. En clair, cela veut dire que nous donnons le droit à des tiers que nous ne connaissons pas le droit d’utiliser tout ce que nous publions sur les réseaux. Plus le temps passe, et plus il y a de propriétaires de droits de propriété intellectuelle sur nos contenus : nous, le réseau social, ses partenaires, et tous ceux qui sont ou seront titulaires de sous-licences accordées de façon cachée.

A ce jour, ces accumulations de droits de propriété ne sont pas monnayés, tout au moins pas au niveau de l’internaute à l’origine du post. L’opacité de Facebook ne permet pas d’affirmer que les droits sur nos propres publications ne sont pas monnayés à ses partenaires, et sous-partenaires.

On en revient alors à une finalité indirecte mais finalement essentielle de la fameuse « balise Alt » : elle sert également, et surtout, à indexer consciencieusement chaque image dans les bases photographiques de Facebook.

Vous avez dit gratuit? Jusqu’à quand ?

350 millions de photos sont ajoutées chaque jour sur Facebook. Pour un total de 240 milliards (chiffres 2018). Cela constitue une énorme banque que les agences de presse, Shutterstock, Fotolia et autres aimeraient bien posséder. J’utilise le mot « banque » volontairement : toutes ces photos dont nous perdons les droits par fragments sont une mine d’or pour Facebook. Et lorsqu’on possède une mine d’or, tôt ou tard, on est tenté de la monnayer, d’une façon ou d’une autre.